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Partie 4: Entretien avec l'entraîneur du BSC Young Boys, Gerardo Seoane

Philipp Schuetz, responsable du cursus d’entraîneur professionnel

Gerardo Seoane: «C'est le mode développement que je préfère.»

Tu es pour nous le type même de l'entraîneur qui sait se projeter au-delà du prochain match ou du prochain résultat. Quelle est ta recette?

Avant, il m'arrivait de me fixer des objectifs de carrière ou des objectifs de travail. Aujourd'hui, c'est ma vision personnelle qui me guide. Qu'est-ce j'aimerais transmettre durablement au club, aux joueurs et aux membres du staff? Quelles traces est-ce que j'aimerais laisser? En quoi mon héritage consistera-t-il? C'est dans cette vision que je puise la force nécessaire pour rester en équilibre jour après jour et me concentrer sur l'essentiel.

A cet égard, tu parles d'un «mode développement». Que veux-tu dire?

J'entends par là le contraire du mode survie. En mode survie, on est prudent, on prend des décisions le pied sur le frein, ou bien on a peur de faire des erreurs – parce qu'on craint de perdre sa place ou qu'on redoute des conséquences. En mode développement, au contraire, on prend des décisions courageuses, on cherche des solutions créatives et on est ouvert à la nouveauté. Ce ne sont pas les victoires ou les résultats qui priment mais les valeurs, les attitudes et les comportements.

Comment fais-tu pour te maintenir dans cet état d'esprit?

Le seul moyen pour moi d'y arriver, c'est de me poser tout le temps des questions stimulantes: aujourd'hui, comment est-ce que je vais me comporter, que vais-je incarner? En intervenant de telle ou telle manière, qu'est-ce que je vise? Qu'est-ce que je veux changer? Si quelque chose a réussi, à quoi était-ce dû? Ai-je pris un nombre d'avis suffisant?
Réfléchir sur soi-même demande de l'ouverture d'esprit mais pas seulement: il faut aussi bien gérer son énergie. Je dois me sentir en forme, mentalement et physiquement, pour pouvoir me couler dans ce processus.

Pendant un match ou une phase d'entraînement intense, tu te regardes dans le miroir et tu te demandes où tu en es?

Tout à fait. Par exemple, je sais que parfois, j'écoute plus ma tête que mon intuition. Pour pouvoir ménager à mon intuition une place suffisante, il faut que je me reconnecte au présent. Dans certains cas, il me suffit d'inspirer et d'expirer profondément pour retrouver mon juste milieu. Je peux alors faire taire mon esprit un instant et écouter mon instinct. Cela peut me donner une solution que je n'aurais pas trouvée par la réflexion.

La perception personnelle est une chose, le regard des tiers en est une autre. Toi, sur qui peux-tu compter?

Je m'appuie sur les feedback des joueurs, des membres du staff ou de mon cercle privé. Je veille à m'entourer de fortes personnalités qui n'hésitent pas à me dire ce qu'elles voient, ce qu'elles pensent. Et depuis quelques années, j'ai un mentor. Nous échangeons toutes les semaines et travaillons des questions qui nous paraissent porteuses.

Pourrais-tu nous donner quelques exemples de ce travail que tu fais avec ton mentor, sans indiscrétion?

Ce travail porte sur des tâches très concrètes de ma fonction d'entraîneur, p. ex. la planification du coup d'envoi de la saison. Ensemble, nous réfléchissons à la vision et aux valeurs qui vont être déterminantes, à la manière dont nous allons transmettre nos principes et intégrer les joueurs à ce processus. Et puis mon mentor est aussi un observateur. Il me regarde coacher et me donne ses impressions, ce qui débouche régulièrement sur de nouveaux sujets de réflexion. Enfin, mon mentor est une personne de confiance qui est à toujours à mes côtés et me soutient sans réserve, quand ça va bien mais aussi quand ça va mal.

Pour conclure: si tu pouvais donner un conseil à un jeune entraîneur, que lui dirais-tu?

Je lui dirais d'avoir le courage de tester, d'expérimenter et de dire ce qu'il pense. Je lui conseillerais aussi, au moment d'accepter une mission, de toujours s'assurer que ses valeurs et ses visions concordent avec celles de son futur employeur.

A part ça, dans ce métier, il vaut mieux réaliser rapidement l'ampleur de la tâche. Il y a un nombre incalculable de domaines dans lesquels il faut rester à jour, peaufiner ses compétences. En se mettant en mode développement, on est certain d'être sans cesse mis au défi et d'évoluer – ce qui est génial!


Gerardo Seoane, 42 ans, ancien footballeur suisse, est l'entraîneur du BSC Young Boys. Après avoir pris sa retraite de footballeur, Seoane a entamé une carrière d'entraîneur à la tête d'équipes de jeunes du FC Luzern. Il est promu entraîneur principal de la première équipe lucernoise en janvier 2018. Six mois plus tard, il s'engage avec le BSC Young Boys, qui détient le titre de champion suisse. Seoane défend alors le titre et amène les Young Boys à réitérer leur exploit l'année suivante.