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Publié le 8 février 2023

Professionnalisation et avènement d’un monde numérique

Interview avec Mark Wolf, chef de la Formation des entraîneurs Suisse (FES) depuis 2014

«Rien n’est plus comme avant», disait un participant à un cours en 2017. Tout se passe dans un monde virtuel: tout est éphémère et il faut toujours aller plus vite, plus haut, plus loin. Moins de pauses pour réfléchir, de plus en plus de compétitions, de plus en plus de ressources, peu de récupération. Le dicton «tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» va-t-il se vérifier? La Formation des entraîneurs Suisse, en collaboration avec Swiss Olympic, doit relever les nouveaux défis de l’ère numérique.

Bref portrait de Mark Wolf: Date de naissance: 03.02.1974. Situation familiale Marié à Edith, une fille (Elin), 10 ans.

Ce que j’aime: Rester en famille ou entre amis, sport, lecture, activité de formateur

Ce que je déteste: Même si le verbe détester est peut-être exagéré, j'ai du mal avec les ronchons et les personnes négatives.

Ma devise: Je ne souhaite pas me plier à une devise; je préfère vivre avec les yeux, les oreilles, les bras et le cœur ouverts.

Mon endroit préféré: 
Là où est ma famille. Et si c’est en montagne, tant mieux! C’est vraiment là que je me sens chez moi.

Mes loisirs: J’aime les barbecues et les pique-niques en pleine nature.

Ma plus belle expérience: J’ai déjà vécu tant de beaux moments qu’il ne serait pas correct d’établir un classement.

Ma citation préférée: «Vous faites le plus beau métier du monde! Vous avez le privilège de faire en sorte que les rêves d’enfant de vos athlètes deviennent réalité. Allez-y et faites-le!», du Jean-Pierre Egger pur sucre. Ses mots viennent du cœur!

Ce que j’aimerais vivre: J’aimerais bien devenir grand-papa un jour.

Mots clés relatifs aux 4 saisons: Ski, golf, stand up paddle, randonnée – chaque saison est propice à la pratique de sports différents.

Quel a été ton passé sportif en tant qu’athlète?
Après différentes expériences sportives (ski et gymnastique artistique notamment), j’ai trouvé ma voie dans l’unihockey. J’y ai accompli une longue carrière de gardien de but, en étant largement épargné par les blessures; j’ai connu de nombreux moments forts (notamment durant 4 ans de professionnalisme en Suède).

Quelle est ta formation d’entraîneur / de coach?
Les missions de l’entraîneur m’ont tout de suite fasciné. Alors que je n’étais encore que junior, je me suis engagé en tant que moniteur assistant dès l’âge de 12 ans. J’étais très impatient de suivre les premières formations, et plus tard, j’ai achevé la filière J+S au pas de charge, si bien qu’à 20 ans, j’avais déjà terminé la formation d’entraîneur professionnel. Ensuite, les filières BSc et MSc se sont inscrites dans une suite «logique».

Quel a été ton passé sportif en tant qu’entraîneur / que coach?
Après plusieurs expériences d’entraîneur des juniors, j’ai aussi exercé une activité de moniteur de gymnastique et de ski (10 ans dans cette dernière discipline). Pour ce qui concerne l’unihockey, j’ai travaillé dans un gymnase dédié à ce sport en Suède, entraînant notamment une équipe de juniors élite. Plus tard, j’ai entraîné et encadré pendant plusieurs années mon épouse Edith, active dans le sport en fauteuil roulant.

Ton/tes activité(s) professionnelle(s) actuelle(s):
Chef de la Formation des entraîneurs Suisse

Cela fait depuis 2014 que tu es chef de la Formation des entraîneurs Suisse. Qu’est-ce qui te fascine tant dans la formation des entraîneurs dispensée à Macolin?
La Formation des entraîneurs Suisse réunit deux aspects importants pour moi: Premièrement, j’aime enseigner, transmettre mes connaissances et mes compétences, comprendre comment les autres apprennent et parviennent à exploiter pleinement leur potentiel. Deuxièmement, Macolin reste pour moi un endroit tout aussi fascinant que lorsque j’y suis arrivé il y a 20 ans. C’est là que je ressens l’âme et l’esprit du sport!

Qu’as-tu trouvé lors de ton entrée en fonction en 2014?
Un groupe de formateurs innovants et créatifs, même s’il était peut-être un peu hétérogène. Il avait toutefois un grand potentiel pour faire progresser la formation des entraîneurs d’élite.

Quels sont les principaux défis que tu as été appelé à relever au sein de la Formation des entraîneurs Suisse FES en 2014/2015?
Nous avions à disposition de nombreux produits excellents, mais la synchronisation des canaux de formation laissait peut-être à désirer et nous nous sommes un peu éparpillés avec certaines offres. Nous avions besoin d’une ligne claire mettant l’accent sur les besoins de nos entraîneurs, et aussi de quelques projets communs au sein de l’équipe, qui mettent en évidence nos forces et nos potentiels. C’est comme cela que sont notamment nées les Journées des entraîneurs, qui restent aujourd’hui encore un fleuron qui mobilise tous les membres de la Formation des entraîneurs. Depuis quatre ans environ, nous avons commencé à restructurer et lancé le nouveau concept de formation des entraîneurs.

Quel bilan tires-tu aujourd’hui (en août 2020) de ta mission?
De mon point de vue, la voie que nous empruntons est la bonne. Nous avons élaboré un concept de formation modulaire afin de pouvoir développer sans cesse les canaux de formation sans devoir modifier en permanence la structure. J’estime toutefois que nous disposons encore d’un potentiel important dans la mise en œuvre méthodologico-didactique (notamment en lien avec la transformation numérique).

Où en est à ton avis la formation des entraîneurs par rapport aux nouvelles exigences (notamment celles induites par la pandémie de coronavirus)?
La formation est aujourd’hui en plein chantier. Nous savons aujourd’hui (notamment grâce aux recherches sur le cerveau) beaucoup de choses sur la façon dont on apprend et dont on acquiert des connaissances et des compétences. Ce savoir combiné aux nouveaux outils technologiques me rendent très confiant. Je suis persuadé que bien des choses vont encore changer ces prochaines années. Mais je suis également convaincu que le plus important restera de disposer de formateurs compétents et motivés, prêts à lancer des idées innovantes.

Quelles sont les principales étapes que tu as pu franchir ces 6 dernières années dans le domaine de l’apprentissage numérique afin de préparer l’avènement de l’ère numérique?
Pour moi, le principal défi de la transformation numérique n’est pas d’ordre technologique, mais dans l’attitude et l’état d’esprit des gens. Il faudra beaucoup de compréhension et de temps aux formateurs et aux entraîneurs pour appliquer de nouvelles formes d’enseignement et d’étude. Mais je pense que nous sommes en passe de sensibiliser chacun aux nouvelles formes d’enseignement. Et la pandémie de coronavirus a sans doute joué un rôle d’accélérateur.

Dans le cadre de la vision de la Formation des entraîneurs Suisse, ton équipe a développé un Lego Campus. Pourrais-tu nous présenter des photos de ce campus ainsi que son contenu?
Nous essayons aussi de stimuler le développement de la Formation des entraîneurs Suisse à l’aide de différentes méthodes, afin de développer aussi nos compétences de formateurs. Je ne souhaite pas ici mettre en avant telle réalisation plutôt que telle autre. Mais comme pour tous mes collègues, il s’agissait de représenter ses idées et ses réflexions au moyen de briques et ensuite de les décrire. Ma construction n’est donc pas représentative.

Quels sont les messages-clés lancés par le Lego Campus?
Nous sommes en train de consolider les différents points de vue et idées pour en tirer une vision commune. Mais il s’est aussi clairement avéré que nos valeurs communes – compétence, engagement, innovation et inspiration – resteront à l’avenir au centre de nos préoccupations.

L’année 2024 sera au cœur de l’orientation stratégique. Quelles sont les idées phares de l’orientation choisie pour 2024?
Nous avons besoin d’une stratégie commune pour ne pas nous égarer dans la jungle de la numérisation. De nombreux aspects sont «nice to have», mais nous permettront-ils vraiment de progresser? Comment rendre la formation encore plus efficace à l’avenir? Y aura-t-il des changements au niveau des exigences du métier d’entraîneur? Les besoins des entraîneurs seront-ils satisfaits? Autant de questions que nous devons anticiper et auxquelles nous devons trouver des réponses ad hoc.

Où situez-vous la Formation des entraîneurs 2024 en comparaison internationale?
Notre nouvelle approche de la formation nous a obligés à nous focaliser beaucoup sur nous-mêmes ces dernières années. Nos réflexions ont inspiré d’autres instituts de formation, et nous avons bien l’intention d’intensifier nos échanges et contacts avec eux ces prochaines années.

Rétrospective: Nous avons fêté les 50 ans de la Formation des entraîneurs Suisse en 2019. Quel regard portes-tu sur ce demi-siècle?
Ce jubilé a été pour moi un moment chargé d’émotions. Il m’a une fois de plus fait prendre conscience que nous avions un héritage à transmettre. Quand je me suis retrouvé sur la scène en compagnie de mes prédécesseurs Guido Schilling, Ernst Strähl ou encore Jean-Pierre Egger, je me sentais assez nerveux car c’était un grand honneur pour moi de pouvoir représenter la Formation des entraîneurs Suisse. Je vais donc tout mettre en œuvre pour écrire un nouveau chapitre de cette belle histoire.

Perspectives: Mark, imaginons un instant nous nous retrouvions en 2030 pour boire un café sur le nouveau campus des entraîneurs de la Place des Mélèzes et pour évoquer tes expériences des 10 dernières années. Que nous dirais-tu? Il est très probable que je ne boirai toujours pas de café en 2030 et que je trinquerai donc avec une tasse de thé. Nous reviendrons sur 10 années agitées, nous rigolerons de nos expérimentations méthodologiques et des idées soi-disant innovantes qui n’auront pas marché (probablement dirons-nous «l’idée était bonne mais les entraîneurs n’étaient pas encore prêts à la mettre en œuvre»), et nous reviendrons non sans un peu de fierté sur ce que nous avons changé dans l’approche de la formation: l’apprentissage tout au long de la vie, la planification de la carrière des entraîneurs et des conditions d’engagement décentes seront devenues entre-temps tout à fait normales. Et bien sûr, nous parlerons du «bon vieux temps».

Voudrais-tu encore ajouter quelque chose?
Je suis très reconnaissant à ceux qui m’ont permis de continuer à développer la formation des entraîneurs d’élite avec une équipe formidable.

Haute école fédérale de sport de Macolin HEFSM

Formation des entraîneurs Suisse
Hauptstrasse 247
2532 Macolin