Charge supportée par les joueuses de football: jusqu'où peut-on aller?
Avec le projet «How much is enough?», Hélène Maystre, chercheuse à la Haute école fédérale de sport de Macolin HEFSM, cherche à comprendre pour la première fois de manière systématique comment les charges physiques, mentales et sociales s'influencent mutuellement, et ce que cela implique pour les blessures et la performance des jeunes talents.
S'entraîner, étudier, travailler, avoir une vie sociale — et performer malgré tout. Les jeunes footballeuses suisse de l'élite supportent chaque semaine une charge bio-psychosociale considérable.
Afin de mieux comprendre ces enjeux et le travail mené sur le terrain, nous avons rencontré la chercheuse Hélène Maystre et lui avons demandé de nous parler de son travail:
Hélène, peux-tu nous expliquer ce qui t'a attirée vers le football?
Ce qui me fascine dans le football, c'est avant tout que c'est un sport collectif. Le fait d'être onze sur le terrain, avec les autres joueurs sur le banc et tout le staff d'entraîneurs — il y a énormément de personnes impliquées dans le jeu, cela crée beaucoup de lien. J'aime aussi beaucoup le fait que ce soit un sport en plein air et universel. Et je suis aussi fascinée par les émotions que procure le fait de jouer tous ensemble.
Quel est ton projet de recherche actuel?
Dans le projet actuel, intitulé «How much is enough?», nous cherchons à comprendre la charge bio-psychosociale que les jeunes footballeuses de l'élite (entre 16 et 20 ans) supportent durant une saison.
Concrètement, nous essayons de comprendre quelle est l'intensité de la charge physique (provenant des entraînements et des matchs chaque semaine), mais aussi la charge mentale (santé mentale) et sociale (life stress) que ces joueuses supportent. Suivent-elles des cours? Travaillent-elles en parallèle, parfois même le soir pour financer leurs études ou simplement subvenir à leurs besoins? L'objectif est de saisir l'ensemble de la charge qui entoure ces joueuses élites et les environnements dans lesquels elles évoluent dans leur club et en dehors de leur carrière sportive.
Nous cherchons ensuite à comprendre quelle est l'influence de cette charge sur la performance et sur la survenue de blessures ou problème de santé (que ce soit sur le plan physique ou mental).
D'où est venue l'idée de ce projet?
L'idée est née d'un premier projet mené avec de jeunes joueuses (Best Player on the Pitch, avec des joueuses entre 12 et 15 ans). Actuellement, le taux de blessures chez les footballeuses est très élevé. Et nous savons que, s'il est survient avant 20 ans, une blessure peut avoir un gros impact sur la carrière future de ces joueuses. Nous souhaitons également améliorer la performance de ces joueuses — et les deux aspects sont liés: plus une joueuse est épargnée par les blessures, plus elle sera en mesure de performer. C'est donc de là qu'est venue l'idée: essayer de comprendre comment garder une joueuse en bonne santé tout au long de la saison, afin qu'elle puisse performer et progresser de manière optimale.
Quels résultats attendez-vous?
Ce qui sera très important dans cette étude — et qui en fait quelque chose de véritablement novateur — c'est le lien entre la charge mentale et la charge physique, et leur influence respective sur la performance et les blessures. C'est la première fois que l'on associe l'aspect mental à l'aspect physique chez des sportives d'élite.
Nous n'avons pas encore analysé les résultats, mais cela arrive bientôt et cela s'annonce vraiment très intéressant.
Par ailleurs, nous allons probablement constater que chaque joueuse évolue dans un contexte très difficile: une semaine extrêmement chargée, un environnement dense et en plus souvent mal adapté aux besoins spécifiques d’une jeune joueuse de l'élite. Je pense que nous serons étonnés de voir à quel point ces joueuses sont soumises à des charges importantes — physiques, mentales et sociales — et à quel point c'est presque un combat, chaque semaine, que de performer à l'entraînement et ensuite en match.
Quel impact espère-toi avoir sur le football féminin?
Je suis convaincue que ce projet va grandement contribuer au développement du football féminin en Suisse et, surtout, à sa professionnalisation à long terme. Suivre et monitorer correctement la charge physique et mentale des joueuses durant une saison représente déjà une avancée majeure. Et ensuite, documenter tout cela pour pouvoir concrètement changer les choses constitue un grand pas en avant pour la professionnalisation du football féminin, en Suisse et en Europe. Nous l'espérons et faisons tout pour.
Portrait
Hélène Maystre a terminé ses études en science du sport (orientation entraînement et performance) à l’Institut des sciences du sport de Lausanne en 2018. Dans le cadre de son travail de Maîtrise, elle a, en 2017, accompli deux stages pratiques: le premier auprès de l’Association canadienne de soccer avec l’équipe nationale féminine senior A, le second auprès de l’Office fédéral du sport OFSPO. Elle occupe un poste fixe au sein de cet office depuis 2021.
Portrait d'Hélène Maystre, Banque de données des projets et des publications de la HEFSM
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